Les sacs à farine peints. Une forme de l’art pendant la guerre

L’ article « Les sacs à farine: une forme de l’art pendant la guerre » qui suit, a été publié dans le deuxième numéro du livre « Kunstvrienden. – Onderzoekers en verzamelaars van Belgische kunst 1830-1950 » (Les Amis de l’art – Chercheurs et collectionneurs d’art belge 1830-1950).

J’y présente les résultats de mes recherches sur les sacs à farine peints par des artistes belges en 1915. J’ai choisi d’expliquer ces résultats de manière plus scientifique à travers:
• Une définition des sacs à farine peints pendant la Première Guerre mondiale
• Un aperçu des expositions, des artistes et des collections
• L’identification du sac à farine comme de « l’ art des tranchées  » de la Belgique occupée
• Les contradictions dans l’historiographie concernant le contexte des sacs
• L’iconographie distinctive de la peinture belge de la Première Guerre mondiale.

Jean Brusselmans, « Fleurs », 1915, sac à farine American Commission. Coll. HHPLM. Photo l’auteur

Je conclus que les sacs à farine peints retrouvés, au nombre de plus d’une centaine et réalisés par soixante-dix artistes belges, méritent d’être examinés de près afin d’approfondir leur iconographie.

Bien que la plupart des œuvres d’art semblent être conservées aux États-Unis, grâce à une meilleure connaissance de ces sacs, de plus en plus de peintures apparaissent dans des collections privées belges en particulier.

La présence de jeunes Américains impliqués dans la distribution alimentaire aura influencé les artistes. L’art des sacs à farine témoigne d’un transfert culturel intrigant pendant la Première Guerre mondiale. Cela aura contribué à l’internationalisation de l’art belge.

Louis Thevenet, « Nature morte », 1915, sac à farine Wm. Kelly Milling Company, Hutchinson, Kansas, USA’. Coll. privé belge

Vous pouvez lire l’article ici : « Les sacs à farine: une forme de l’art pendant la guerre ».

En plus, j’ai rédigé une explication détaillée des treize sacs à farine peints qui illustrent l’article:
« Les sacs à farine: une forme de l’art pendant la guerre. Une explication de treize peintures » (article en néerlandais, veuillez utiliser le bouton orange « «TRANSLATE » pour la traduction).

 

Présentation du livre à Bruges, le 11 octobre 2025


Le samedi 11 octobre, la publication « Kunstvrienden. – Onderzoekers en verzamelaars van Belgische kunst 1830-1950 II » a été présentée à Bruges lors de la troisième journée de rencontre des Amis. La publication compte 224 pages et 28 contributions.

Coordination: Jacques Laperre
Conception: Sam Vanoverschelde
Imprimeur: Drukkerij Stad Genk
Tirage: 250 exemplaires.

J’ai précédemment publié l’article: « Show beschilderde bloemzakken voor Kunstvrienden in MuZee ».

Les sacs à farine canadiens et « l’hommage à l’Amérique » exagéré

Les sacs à farine décorés font écho au conflit qui les a créés. Il s’agit de l’art des tranchées réalisé en Belgique occupée. Ce sont des « objets fabriqués par des civils, à partir de matériel de guerre, directement associés, temporellement et spatialement, aux conséquences du conflit armé ».

Les sacs à farine décorés sont empreints d’inconfort et de paradoxe. L’imposant et exagéré « Hommage à l’Amérique » en fait partie: il a contribué au moral de la population de la Belgique occupée.*)

Diptyque sacs à farine canadiens « Castle »: « A la noble Amerique si bienfaisante, la Belgique reconnaissante. Amour à notre Reine. Mère de nos soldats. Gloire à notre Roi. Chef de nos héros ». Peint par l’Ecole libre des Sœurs de Notre-Dame, Anderlecht. Coll. HHPLM 62.4.4, photo de l’auteur

États-Unis et Canada
75 % des sacs à farine décorés que j’ai trouvés proviennent des États-Unis, 10% est inconnu.
15 % proviennent du Canada. Exemples: « Flour. Canada’s Gift ; Flour Canada’s Gift, Lake of the Woods Milling Company Ltd., Keewatin, Canada ; Belgian Relief County of Perth, Canada ; Farine offerte par les Citoyens de Valleyfield (province de Québec, Canada) aux habitants de l’Héroique Belgique », etc.: voir tableau.

Sac à farine canadien, « Boulanger Belge Reconnaissant » avec portrait de Brand Whitlock, « ministre-protecteur » américain en Belgique, « BDB », 1915. Peint. Coll. HHPLM 62.4.75, photo de l’auteur

En Belgique: Sacs américains, « Amerikaansche bloemzakken »
Pourtant, tous les sacs à farine sont dans le langage courant connus en Belgique sous les noms de « sacs américains », et de « Amerikaansche bloemzakken » quelle que soit leur origine aux États-Unis ou au Canada. Ils ont été brodés et peints des symboles des E-U, du drapeau, du bouclier américain, du portrait du ministre plénipotentiaire américain à Bruxelles, Brand Whitlock. Les textes rendent hommage à « l’Amérique »:

– Merci à l’Amérique
– Merci aux Etats-Unis!
– Vive l’Amérique
– A la noble Amérique si bienfaisante, la Belgique reconnaissante. Amour à notre Reine. Mère des soldats. Gloire à notre Roi. Chef de nos héros.

Certains sacs à farine rendent hommage au Canada.

«Remerciements chaleureux de la Belgique aux vaillants Canadiens», 1915, par l’ Ecole Professionnelle Bischoffsheim, Bruxelles. Sac à farine Perths Standard flour, donation de Perth County, Ontario. Coll. HHPLM 62.4.148, photos de l’auteur.
Sac à farine canadien, « Merci au Canada, Bruxelles, 1915 ». Ecole Professionnelle Couvreur, Bruxelles. Coll. HHPLM 62.4.163, photo de l’auteur

Identité cachée des sacs à farine canadiens
En faisant des recherches sur les sacs à farine, je m’attendais à ce que les sacs à farine canadiens soient décorés en Belgique d’un « Hommage au Canada ». Mais ce n’est pas le cas.
Mon hypothèse était-elle incorrect?
Pourquoi l’identité des sacs canadiennes serait-elle dissimulée sous le symbolisme américain? Six motifs me viennent à l’esprit.

1.Les jeunes brodeuses et les artistes belges ignoraient-ils la distinction entre les États-Unis et le Canada? Cela est peu probable car ils appartenaient à la partie aisée de la population et étaient bien éduqués. De plus, ils savaient que les soldats canadiens combattaient aux côtés des Alliés.

2.Ou, pour un motif pratique: les comités de secours et d’alimentation belges préféraient-ils conserver les véritables sacs à farine américains? Ont-ils donc mis à disposition un surplus de sacs à farine canadiens pour les transformer en souvenirs de guerre destinés à l’Amérique?!

3.L’importation de denrées alimentaires canadiennes aurait-elle suscité des interrogations auprès de l’occupant allemand? Le Canada avait rejoint la guerre après sa mère patrie, la Grande-Bretagne; les États-Unis, neutres, n’y participeraient qu’en avril 1917.

4. Serait-ce l’influence des journalistes et photographes de guerre américains? Ils pouvaient circuler librement en Belgique occupée. Leurs collègues canadiens, britanniques et français avaient sorti le pays. Les journaux américains avaient participé à de vastes campagnes de secours pour la « Poor Little Belgium ». Les journalists américains étaient encouragés à envoyer des preuves de réception de provisions en guise de remerciements convaincants et visibles.
Les bienfaiteurs canadiens n’ont-ils pas demandé des remerciements belges ?

5. Ou bien souligne-t-elle que, pour les citoyens de la Belgique occupée, l’hommage rendu à l’Amérique constituait une propagande globale par laquelle ils accomplissaient leur devoir patriotique, car ils pouvaient s’exprimer par leur patriotisme ? Était-ce le pendant de la propagande générale de la « Poor Little Belgium, un pays entièrement détruit, plongé dans la misère »?** Au début du conflit de telles exagérations permettront de susciter la sympathie du public pour la cause belge.

6. L’attitude ambiguë des Britanniques a-t-elle joué un rôle? La Grande-Bretagne, maître des affaires étrangères du Canada, s’était placée militairement en première ligne pour protéger la Belgique, accueilli les réfugiés belges, mais abandonné la population de la Belgique occupée. En réalité, la puissante nation britannique empêchait l’accès indispensable à la nourriture par un blocus commercial total et des mines marines devant tous les ports belges. L’identité canadienne aurait-elle pu être occultée par l’antipathie suscitée par ses relations avec le Royaume-Uni ?

Sac à farine canadien « Lily White », Wellesley Mills, Ontario. Gift of flour for Belgian Relief Fund from Wellesley Township, 1915. Brodé. Coll. privé Grande-Bretagne

En tout cas, la sympathie des citoyens de la Belgique occupée allait à la nation dont ils espéraient le secours: « l’Amérique ».***)

« Amerikanische Lebensmittel für Belgien » , journal allemand rapporte l’arrivée du SS Orn à Rotterdam. Hamburger Fremdenblatt, 5 décembre 1914

« L’Amérique nous sauverait »
La Belgique fut occupée par l’Allemagne en août 1914. Les frontières étaient fermées et le blocus commercial imposé par la Grande-Bretagne rendait impossible l’importation de céréales panifiables. Des négociations diplomatiques avec les pays neutres ouvrirent les frontières à l’approvisionnement alimentaire.

‘Mais non, le pays ne pouvait pas mourir, ne voulait pas mourir. (…)
 l’Amérique avait donné l’espoir qu’elle nous sauverait…[1]

Sac à farine « Flour. Canada’s Gift O», peinture d’un bateau (en couleurs américaines rouge , blanc, blue) à destination de la Belgique et d’une mouette: dans le bec un tige de blé. Col. privé belge.

Des cargaisons de farine panifiable américaine et canadienne arrivèrent en Belgique via le port de Rotterdam entre novembre 1914 et mai 1915. Afin de protéger les approvisionnements contre leur saisie par l’occupant allemand, les provisions furent stockées en Belgique sous la protection du drapeau neutre américain et des citoyens américains furent postés en Belgique occupée pour superviser.

Sac à farine canadien, The Dowd Milling Co., Pakenham (Ontario), «Merci à l’Amérique », Nassogne (province de Luxembourg), 1915. Brodé. Col. HHPLM 62.4.404, photos de l’auteur.

Les approvisionnements de farine panifiable étaient livrés successivement aux boulangeries belges, qui vidaient les sacs de farine et cuisaient le pain.
Les sacs de farine vides, joliment imprimés, ont attiré l’attention du public. La conviction était que leurs expéditeurs – les bienfaiteurs « américains » – avaient assuré la survie du peuple belge.

Contexte des importations alimentaires
En octobre 1914, le Comité National de Secours et d’Alimentation (CNSA) belge s’était retrouvé à Londres pour permettre l’importation de denrées alimentaires en Belgique occupée. Leur partenaire dans cet effort est devenu l’agence d’achat internationale privée, la Commission for Relief in Belgium (CRB), basée à Londres, en Grande-Bretagne, mais composée d’Américains « neutres » basés en Europe.[1A]

Selon les attentes belges, le CRB aurait une double mission: (…) c’est lui qui provoquera l’esprit de solidarité et la générosité mondiale et amassera les trésors qu’on lui enverra; c’est lui qui dirigera vers la Belgique les dons en nature qu’il aura reçus et les vivres qu’il aura achetés pour elle.[2]


‘Reconnaissance pour les Etats-Unis
Les délégués américains et espagnols de Londres et Bruxelles ont réussi de faire importer en Belgique, malgré la guerre des grains et autres produits alimentaires. Nous leur en sommes très reconnaissants et dans ce conflit européen, la diplomatie n’a executé de plus bel et plus noble ouvrage.’[3]


Douze sacs à farine canadiens, pesant 98 Lbs, et dix sacs à farine américains, pesant 49 Lbs. Propagande belge pour l’approvisionnement en farine panifiable américaine, Bruxelles, 1915. Photo: « Heures de Détresse »

Le monde est venu en aide à la Belgique
Le monde est venu en aide, ce qui a amené la Belgique occupée à s’attendre à une nouvelle mission utile de la part de la CRB.
La Commission for Relief in Belgium avait encore, en Belgique, une autre charge dont les effets étaient utiles au pays.
Lorsqu’on nous fait une faveur, lorsqu’on nous accorde une grâce, ou que nous jouissons d’un bienfait, n’est-il pas d’une âme bien née de montrer à celui qui nous a assistés que nous sommes dignes des égards qu’il a manifestés pour nous? Comment le lui prouver autrement qu’en l’associant jusqu’aux plus petits faits de notre existence.
Le monde nous secourait, il fallait qu’il sut ce que nous faisions de ses secours et la Commission for Relief devait être là pour le dire.[4]

« Merci aux Américains », élèves et professeurs acclament le CRB et l’Amérique dans l’auditorium de leur école à St.-Gilles le 22 février 1915, jour anniversaire de George Washington. Photo mise en scène par le photographe américain Paul Thompson. Brooklyn Daily Eagle, New York, 1er août 1915 ; Saturday Evening Post, 28 août 1915.

Réutilisation des sacs à farine – propagande
La réutilisation, la transformation et la décoration des sacs de farine ont offert aux créateurs – écolières, jeunes femmes et artistes – l’occasion de relier les bienfaiteurs aux plus petits événements de leur existence et de faire connaître au monde ce que la population belge avait fait de l’aide. Pour la deuxième fois, les sacs de farine ont été utilisés à des fins caritatives.

De manière organisée, les créateurs ont pu traduire leur profond patriotisme en images et symboles héroïques. Cela leur a permis d’accomplir leur devoir caritatif tout en menant une propagande patriotique. [4A]
La censure de l’occupant allemand et le blocus de la marine britannique ont fortement lié le patriotisme belge au symbolisme américain. Quelques cas isolés, témoignant du symbolisme canadien, ont constitué l’exception à la règle.

Sac à farine canadien « Flour. Canada’s Gift » avec drapeau et symboles canadiens, 1916. Peint. Col. IFFM

L’hommage à l’Amérique est largement exagéré
L’inscription « Hommage à l’Amérique » sur les sacs à farine était donc largement exagérée en février-mars 1915. **) Après tout, les sacs seraient tous renvoyés aux États-Unis pour être vendus afin de financer de nouvelles aides alimentaires.

Édouard Verschaffelt, « Pour l’Absent », Bruxelles, 1915. Sac de farine canadien, Lake of the Woods Milling Co., Keewatin, 1915. Peint. Collection Moulckers, Université St. Edward’s.

« Amerikaansche bloemzakjes.
Overal in België wordt thans door dames en schilders hard gewerkt om honderden en nog eens honderden leege bloemzakjes van het American Relief Fund door handwerk of schilderwerk te versieren. (…) Dit alles wordt gereed gemaakt, (…) om naar Amerika te worden gezonden als een hulde van de Belgen voor den door Amerika verleender steun, en het belooft een waardige hulde te worden, want er zal werk van eerste meesters bij zijn.»[5]
Sacs à farine américains. Partout en Belgique, dames et peintres s’affairent à décorer des centaines et des centaines de sacs de farine vides provenant de l’ American Relief Fund, à l’aiguille ou à la peinture. (…) Tout cela est en cours de préparation, (…) pour être envoyé en Amérique en hommage des Belges à l’aide apportée par l’Amérique, et cela promet d’être un hommage digne, car il comprendra des œuvres de grands maîtres. » )

« Terwijl ons uit het miljardenland allerlei benodigdheden toekomen om de in druk en nood verkeerende Belgische bevolking te helpen, heeft ons vrouwelijk element met zoveel fijnen tact als edelmoedig gevoel een middel gezocht en gevonden om de Amerikanen een blijk te geven van innige dankbaarheid. »[6]
(« Alors que ce pays milliardaire nous fournit toutes sortes de fournitures pour aider la population belge en détresse et dans le besoin, notre composante féminine a cherché et trouvé le moyen, avec tant de tact et de générosité, de témoigner aux Américains un profond remerciement. »)

Sac à farine canadien « To the Belgians Flour from the City of St. Catharines And Vicinity, Ontario, Canada, /Opwijck Brengt Hulde & Dank aan Amerika » (Opwijck rend hommage et remercie l’Amérique), 1915. Brodé. Col. privée belge. Photo: HOM, 2004

« Nous sommes toujours bien approvisionnés en nourriture: l’Amérique fournit tout. Vive l’Amérique! Nous recevons de la farine et de la farine brevetée chaque semaine. (…) Pour témoigner notre gratitude à nos bienfaiteurs, nous brodons maintenant des sacs de farine vides avec des dessins en trois couleurs et l’inscription : « Het dankbaar Opwijck aan de Vereenigde Staten », et d’autres. (…)
C’est ainsi qu ça fonctionnent dans tous les villages, et il semble que notre travail se vendra en dollars aux milliardaires qui veulent des memorials de la Belgique profondément ravagée. Les recettes sont pour nous. »[7]

Sac à farine canadien « Le conte de fées de l’aide alimentaire américaine », 1915. Peint. Col. HHPLM 62.4.89, photo de l’auteur

Le paradoxe de la gratitude: les dons frugaux des États-Unis
C’est maintenant que le paradoxe de la gratitude, « l’Hommage à l’Amérique » inscrit sur les sacs à farine, entre en jeu.
La promesse que les sacs décorés seraient renvoyés et rapporteraient un revenue important pour de nouveau secours, n’a pas été tenue.
• L’intention d’expédier les sacs à farine décorés aux États-Unis, annoncée avec enthousiasme, n’a eu lieu qu’après l’Armistice, à l’exception d’une cargaison envoyée à New York en 1915 à des fins de propagande.[8]
Les sacs ont permis de récolter une petite somme d’argent pour les opérations de secours.
• Les dons de la population américaine constituent qu’un faible pourcentage des importations alimentaires.[9] La population canadienne a contribué davantage en moyenne par habitant.[9A]

« Sadly far from true »
Les représentants américains du CRB ont explicitement répété au monde à maintes reprises que les contributions américaines étaient frugales.


Laurence Wellington – provincie Luxemburg:
‘Mr. Wellington (…) brought with him many interesting souvenirs of his work in Belgium, including several American flour sacks artistically painted by women and children in that province.
“Americans are the real people in Belgium”, said Mr. Wellington. “They do not seem to be able to sufficiently show their gratitude for what the American people, through the Commission, have done for them. The commonest expression to be heard anywhere by the Americans in Belgium is:- “Sauf par vous, nous serons morts de faim”;- “But for you we would have starved to death”.’[10]

Sac de farine canadien « Flour. Canada’s Gift, Hulde en Dank » (Hommage et remerciements), 1916, Leerbeek. Brodé. Col. HHPLM 62.4.439 author’s photo

Samuel Seward jr.-Provincie Limburg:
To the Belgians the relief that has come to them is a very simple thing – the practical expression of your providential, generous sympathy. And their response is as simple and direct. What matter that the complex significance of the Commission escapes them – its wide international scope, its unique diplomatic problems, its efficient engineering methods of administration?
(…)
for the average notary in his village, the peasant on his farm, or the nun in her convent, the one great fact is enough, – that actual hunger threatened them- when a great, friendly nation stepped in, in time, to save. (…)

Le comité d’alimentation de Tessenderlo a reçu la délégation provinciale du CRB au printemps 1915. À l’arrière-plan, des sacs de farine empilés : Photo : «In Occupied Belgium», Robert Withington, 1922
«Hulde en dank aan Amerika. Tessenderloo, 1915». Sac à farine «Varsity», Edmonton Milling Co., Edmonton, Alberta, Canada. Coll. HILA Samuel S. Seward Papers, box 3.

One of my occupations at times of leisure was to say “Thank you” for some of the presents that came pouring into the office- not personal presents, but expressions of gratitude to you in America and elsewhere, friends whom those in Belgium had never seen. The favorite form was to take a flour sack, preferably one that had been specially stamped as gift flour from a certain town or mill, and to ornament it variously, with embroidery, drawn work, painting, in symbols of friendly “reconnaissance.” Sofa pillows were made in this way, table covers, workbags, tea-cosies, little dresses, even, and quaintly shaped caps.’[10A]

Sac à farine canadien « Most hearty thanks from the Belgian pupils to dear America. » Ecole Professionnelle Couvreur, Bruxelles. (1915) Col. HHPLM 62.4.255, photo de l’auteur

Edward Eyre Hunt, provincie Antwerpen:
‘There was something almost ritualistic in the reiteration of their gratitude.’[11]

Charlotte Kellogg, née Hoffman. The San Francisco Examiner, 3 juin 1916

Charlotte Kellogg, née Hoffman:
‘Mrs. Kellogg said that there is great gratitude in Belgium towards the United States. “The mass of people in Belgium believe that we are doing everything, even though this is sadly far from true,” she said. “In money the United States has taken care of Belgium about one month of the two and one quarter years of the war.”[12]

« à Monsieur F.H. Chatfield, Délégué à la Commission de Secours en Belgique. Souvenir de la remise des récompenses aux élèves de l’Ecole Moyenne Professionnelle de demoiselles de la Ville de Liège », 1er août 1916. Photo: Ernest Würth, Liège. HILA F. Chatfield Papers box 53008 enveloppe mB.

Frederic Chatfield, Provincie Luik:
‘The country is given credit far beyond its merits. ‘I felt a sense of shame. It seemed as if I were receiving this extraordinary tribute of which I was not worthy. (…) The Belgians give America all the credit for the relief that is saving their lives. The work is carried on by Americans, our stores are known as American stores, $150.000.000 worth of foodstuffs have been purchased in the US and bear the American label.
France and England notwithstanding the heavy expenses of the war are providing the CRB with $10.000.000 a month, more than the US has contributed in nearly two years and a half. Knowing this it is no wonder I felt that I was the unworthy recipient of a great honor.
(…) he presented me with a large bouquet of roses, and this is what he said as he pressed the flowers into my hand: “If we had known that one day these roses would come into the hands of an American, we would have cultivated them with greater care.”
That was the sentiment. It was not for Fred Chatfield that the good wishes, the admiration, the eternal gratitude of this people was expressed, but for an American, typifying the regard of the Belgians for America and all Americans.’[13]

Sac à farine canadien « Donated to the Belgian People, The Heroic Nation, May God bless them. From Fort Frances, Canada, 400 bags no. 1 flour ». « L’Union fait la force ». « Vive la paix ». Anderlecht, 1915. Col. HHPLM, photo de l’auteur

Pénurie alimentaire et famine
La propagande en faveur de l’approvisionnement alimentaire de la Belgique occupée a toujours été si forte qu’aujourd’hui encore, la réalité est difficile à affronter. Les hommages conservés sur les « sacs américains » contribuent à la formation continue du mythe.

«The idea that (American) philantropy spared Belgian children from going hungry is blatantly untrue.» (Nel de Mûelenaere, 2021). [14a]

Au total, l’aide à la Belgique occupée a échoué en matière d’aide alimentaire, de production et de distribution locales de denrées alimentaires. L’importation de denrées alimentaires a couvert au maximum 25 % des besoins; en 1915, elle a contribué à contrôler les prix; dans les années 1916-1918, il y eut de graves pénuries et de la famine.[14b]

« Canadian Gifts for Destitute Belgians », (Dons canadiens aux Belges démunis), Canada, 16 novembre 1915. Col. HHPLM

Le Canada a-t-il été remercié?
En septembre 1914, des Belges vivant au Canada avaient pris l’initiative de collecter des secours pour la Belgique par l’intermédiaire de l’Œuvre de Secours pour les Victimes de la Guerre en Belgique, établie à Ottawa et à Montréal.[15]

La population canadienne, déjà impliquée dans la guerre, répondit avec enthousiasme et collecta de nombreuses approvisionnement de secours et de l’argent. Les navires canadiens chargés de secours furent parmi les premiers à arriver à Rotterdam.

Le SS Calcutta, chargé de dons de secours du Canada, quitta Halifax le 19 décembre 1914 et arriva à Maashaven, Rotterdam, Pays-Bas, le 8 janvier 1915. Archives HILA CRB, 22003, box 619.

Par conséquent, Émile Francqui, directeur du CNSA à Bruxelles, écrivit une lettre de remerciements au trésorier de l’Œuvre de Secours pour les Victimes de la Guerre en Belgique, H. Prud’homme, à Montréal, le 15 décembre 1914. Il s’adressa à Prud’homme en tant que Belge et compatriote, le remerciant pour les biens si appréciés dans « votre malheureux pays »:
‘C’est à vous que nous devons cet heureux résultat et nous ne pourrons jamais assez dire combien nous vous en sommes reconnaissants et jusqu’à quel point vous avez là servi les intérêts de votre malheureux pays.
(…) avec nos remerciements et ceux de milliers de gens que vous avez ainsi secourus (…)’[16]

Une idée surprenante: l’identité canadienne des sacs pourrait également être cachée sous le symbolisme américain, car les bienfaiteurs canadiens et/ou les organisateurs de l’aide canadienne à la Belgique étaient des Belges vivant à l’étranger…

« Merci au Canada » Het 14-18 Boek. De kleine Belgen in de Grote Oorlog (Le livre 14-18. Les petits Belges dans la Grande Guerre), par Daniël Vanacker

Table des matières: blogs sur les sacs de farine canadiens
Lake of the Woods Milling Company, Keewatin, Kenora, Canada

Canadese bloemzakken met Belgische dank aan het ‘Moederland’

One million bags of flour from Canada to Great Britain

Dank van Puers/Flour Canada’s Gift



Notes de bas de page:
*) DE SCHAEPDRIJVER, S., De Groote Oorlog. Het koninkrijk België tijdens de Eerste Wereldoorlog. Amsterdam/Antwerpen, Uitgeverij Atlas, 1998, p. 114-115
Sophie de Schaepdrijver a utilisé l’expression « gigantisch opgeblazen » (« complètement exagérée ») pour désigner l’autorité du ministre plénipotentiaire américain Brand Whitlock en Belgique. L’idée était que la protection américaine contribuait au moral de la Belgique occupée.
« Whitlock werd een grotere macht toegeschreven dan hij in werkelijkheid bezat; zijn titel van « ministre protecteur » van het voedselhulpwerk werd gigantisch opgeblazen tot beschermheerschap van heel het land tegen de hebzucht en willekeur van de bezetter. » (« Whitlock s’est vu attribuer un pouvoir plus grand qu’il n’en possédait réellement ; son titre de « ministre protecteur » de l’aide alimentaire a été gigantesquement élevé au rang de « protecteur du pays tout entier contre l’avidité et l’arbitraire de l’occupant. »)

**) JAUMAIN, S., Un regard original sur la Belgique en guerre. Le Devoir de Montréal (1914-1918). Dans: Michael Amara et al., Une Guerre total? La Belgique dans la Première Guerre mondiale. Nouvelles tendances de la recherche historique. Bruxelles, 2005 p. 343-365. 5.3.  « Un pays dévasté? », p. 357

***) PROCTOR, T.M., U.S. Food Aid and the Expectation of Gratitude, 1914-1950, 2011. La validation de l’aide américaine aux pays étrangers est devenue tributaire de la gratitude des bénéficiaires. Elle a déterminé les relations entre les États-Unis et les pays européens. « American leaders called for assistance for war victims with the understanding and expectation that Europeans would not only understand and welcome the aid, but would also show appropriate gratitude. »
Le nouvel ouvrage de Proctor a récemment été publié: PROCTOR, T.M., Saving Europe. First World War Relief and American Identity. Oxford University Press, 2025.
Proctor a également écrit un blog sur la politique américaine actuelle d’aide étrangère: « The end of the « American Century»?». Oxford University Press’s Academic Insights for the Thinking World, 16 février 2025.

[1] PICARD, E., Heures de Détresse. L’Œuvre du Comité National de Secours et d’Alimentation et de la Commission for Relief in Belgium. Belgique 1914 – 1915. Bruxelles: CNSA, L’ Imprimerie J -E Goossens SA, 1915, p. 17

[1A] PROCTOR T., London & the Making of Herbert Hoover. Blog sur le site du North American Conference on British Studies, 17 janvier 2025

[2] Heures de Détresse, p. 20

[3] Lloyd anversois: journal maritime emanant des courtiers de navires, 25 decembre 1914

[4] Heures de Détresse, p. 21

[4A] DE SCHAEPDRIJVER, S., Shaping the Experience of Military Occupation: Ten Images. Rossi-Schrimpf, Inga, Kollwelter, Laura, 14/18 – Rupture or Continuity. Belgian Art around World War I. Leuven: Leuven University Press, 2018, p. 43-58.

[5] De Vlaamsche Stem: algemeen Belgisch dagblad, 12 juin 1915

[6] De Kempenaar, 21 mars 1915

[7] Lettre de Celine Geeurickx-Moens à Opwijk, 5 avril 1915. Cité en De Belgische Standaard, 7 mai 1915

[8] America Feeding Belgian Children, Literary Digest, 12 février 1916.

[9] WILLIAMS, JEFFERSON and MAYFAIR, The Voluntary Aid of America. New York, Londres: 1918

[9A] PRINCE, B., Le Canada et la solidarité internationale à la Belgique (1914-1921). L’Œuvre de Secours pour les Victimes de la Guerre en Belgique. Revue Belge d’Histoire Contemporaine, LIV, 2024, 1-4.

[10] CRB Press Department, New York, 9 août 1915. HILA 22003 box 324 NY Office PR file 1915-1919

[10A] S.S. Seward, Jr. Delegate for Limbourg, Belgium, Juni – dec 1915. Professor Samuel Swayze Seward (1876-1932) – HILA Seward (Samuel Swayze) papers 1915-1932; collection nr. 40005

[11] HUNT, E.E., War Bread. A Personal Narrative of the War and Relief in Belgium. New York: Henry Holt & Company, 1916

[12] The San Francisco Examiner, 21 janvier 1917

[13] Cincinnati, 21 mars 1917. HILA, Frederick H. Chatfield papers 53008 Box 2

[14a] DE MÛELENAERE, N., Still Poor, Still Little, Still Hungry? The Diet and Health of Belgian Children after World War I. In J. Nordstrom (Ed), The Provisions of War: Expanding the Boundaries of Food and Conflict, 1840-1990 (pp.207-217) Article 12 (Food and Foodways). The University of Arkansas Press, 2021

[14b] SCHOLLIERS, P., Oorlog en voeding: de invloed van de Eerste Wereldoorlog op het Belgische voedingspatroon, 1890-1940. Tijdschrift voor Sociale Geschiedenis, 11de jg., nr. 1, februari 1985;
NATH, GISELLE, Brood willen we hebben! Honger, sociale politiek en protest tijdens de Eerste Wereldoorlog in België. Antwerpen: Manteau, 2013

[15] PRUD’HOMME, H., L’Œuvre de Secours pour les Victimes de la Guerre en Belgique. Rapport relative aux dons reçus et aux expéditions faites vers la Belgique depuis l’organisation de l’Œuvre jusqu’au 5 février 1915. Montréal, 1915

[16] FRANCQUI, E., Lettre à H. Prud’homme, Montréal, December 15 décembre 1915. Lettre en copie carbone aux Archives de l’État belge, Bruxelles

L’Ouvroir d’Anvers (1) – Français

L’Ouvroir d’Anvers employait des milliers de filles et de femmes pendant l’occupation ’14-’18 de la Belgique. Des vêtements y ont été confectionnés et modifiés, des chaussures y ont été réparées et des sacs à farine y ont été brodés.

L’Ouvroir d’Anvers, photo emblématique depuis la galerie, 1915. Photo: «War bread»

La signification d’un «ouvroir» est: «Lieu réservé aux ouvrages de couture, de broderie…, dans une communauté». Dans un contexte historique, j’appellerais cela un “atelier de couture communautaire”.

L’histoire de l’Ouvroir d’Anvers m’est devenue familière grâce à trois sources principales: une belge et deux américaines.
– «Heures de Détresse» d’Edmond Picard, la principale source belge montre quelques photos de l’Ouvroir. [2]
«War bread» (Pain de guerre) d’Edward Eyre Hunt, commémore l’Ouvroir de ce délégué américain de la Commission for Relief in Belgium (CRB) dans la province d’Anvers. C’était un jeune journaliste et écrivain; il a travaillé à Anvers de décembre 1914 jusqu’à octobre 1915. [3]
«Women of Belgium» (Femmes de la Belgique) de Charlotte Kellogg, née Hoffman (Grand Island, Nebraska, 1874 – Californie 08.05.1960). Elle était également une déléguée CRB – ​​unique en tant que la seule déléguée féminine – et est restée en Belgique entre juillet et novembre 1916. En tant qu’écrivain et militante, elle s’est engagée pour la bonne cause des femmes belges. [4]

Edward Hunt, War bread
En automne 1914, trois femmes prennent l’initiative de créer un atelier de confection pour venir en aide aux habitants de la ville d’Anvers, soient Mesdames:
– Laure de Montigny-de Wael (Anvers 29.11.1869 – Ixelles, Bruxelles 09.07.1926)
– Anna Osterrieth-Lippens (Gand 01.11.1877 – Bruxelles 14.09.1957)
– La comtesse Irène van de Werve de Vorsselaer née Kervyn d’Oud Mooreghem (Gand 17.12.1857 – Anvers 21.04.1938)

Elles ont dirigé un comité de femmes qui, je suppose, étaient expérimentées dans l’organisation d’organismes de bienfaisance et de maisons de travail. Même avant la guerre, il y avait de nombreuses initiatives privées offrant des emplois et de l’éducation aux jeunes femmes et une assistance aux personnes dans le besoin. Le comité aurait acheté toutes les marchandises à la pièce qu’on pouvait trouver dans la ville et avait mis en service le théâtre des Folies Bergères pour fournir du travail à des centaines de jeunes femmes pour fabriquer et réparer des vêtements.

La Fondation Rockefeller

La Fondation Rockefeller et le CRB ont collaboré aux efforts de secours. Belgian Relief Bulletin, 5 décembre 1914. Coll. Archives de la Ville de Bruxelles. Photo: auteur

La fondation américaine «Rockefeller Foundation» a collectionné des vêtements aux États-Unis et les a expédiés par le port de Rotterdam vers la Belgique. Le Canada a également assuré le transport des vêtements.

Citation de «War bread»: «Avant le premier janvier 1915, la Fondation Rockefeller a contribué près d’un million de dollars au travail de secours belge et a créé une station à Rotterdam appelée la «Rockefeller Foundation War Relief Commission», pour aider la Commission for Relief in Belgium. Cette station était chargée du tri et de l’expédition des vêtements envoyés de l’Amérique à la Belgique.
La CRB n’avait jamais eu assez pour les fournir. Ce n’est que lorsque les généreux dons de vêtements ont commencé à venir d’Amérique par le biais de la Rockefeller Foundation War Relief Commission, que la situation s’est améliorée.»

L’Ouvroir d’Anvers était sous la protection de la CRB et recevait une subvention mensuelle de 50 000 francs de la ville d’Anvers jusqu’à ce que le Comité National de Secours et d’Alimentation (CNSA) prenne en charge le financement.

Exposition Internationale d’Art Culinaire & d’Alimentation en 1899, Société Royale d’Harmonie, Anvers. Photo: internet

L’Ouvroir a déménagé dans des locaux plus grands: la Salle d’Hiver dans Rue d’Arenberg de la Société Royale d’Harmonie.[5]

 

 

 

 

 

 


L’Ouvroir à la Salle d’Hiver «Harmonie»

Edward Eyre Hunt, photo: ‘WWI Crusaders’, Jeffrey Miller

Hunt dresse ce tableau de l’organisation de l’ouvroir: «La scène de l’Harmonie anversoise était remplie de caisses de marchandises. Les galeries et le rez-de-chaussée ont été étalées avec des rangées de machines à coudre et de tables de travail, et le vestiaire a été transformé en un bain désinfectant à la vapeur et au soufre, où tous les matériaux, nouveaux et anciens, ont été démontés et soigneusement nettoyés. Neuf cents filles et jeunes femmes travaillaient sous surveillance dans la salle chaude et bien éclairée, tandis qu’environ trois mille femmes plus âgées se voyaient confier la couture à domicile.
Un groupe de cordonniers fabriquait et réparait des chaussures dans le couloir. Tous ces ouvriers étaient payés. De l’atelier central, les produits fabriqués et les matériaux non fabriqués ont été expédiés dans toute la province; le second aux cercles de couture dans les villages et les villes.»

L’Ouvroir d’Anvers, rez-de-chaussée, 1915. Photo: «Heures de Détresse»
Charlotte Kellogg, née Hoffman. Photo: internet

Charlotte Kellogg: Women of Belgium

Charlotte Kellogg est allée visiter l’atelier. «Nous avons vu une mer de têtes blondes dorées et brunes courbées sur leurs tables de couture. Des femmes nobles les ont sauvées des décombres de la guerre — dans l’abri de ce music-hall elles travaillaient pour leur vie … 1200 filles préparaient la couture et le matériel de broderie pour 3 300 autres personnes travaillant à domicile, c’est-à-dire c’était un des ouvroirs ou ateliers bénis de la Belgique.
Ici, toute l’attitude envers les vêtements est du point de vue, non pas de la protection qu’ils offrent, mais de l’emploi qu’ils offrent. Sans cet emploi, sans le dévouement quotidien des femmes merveilleuses qui ont fondé cette organisation étonnante…. Bien sûr, il y a toujours un besoin urgent pour les vêtements achevés. Ceux-ci sont remis aussi vite que possible aux divers autres comités qui s’occupent des démunis. Entre février 1915 et mai 1916, des articles d’une valeur de plus de 2 000 000 de francs furent ainsi distribués par ce seul ouvroir.»

Photo festive de sacs de farine provenant de moulins aux États-Unis et au Canada. Photo: «Heures de Détresse»

Transformation des sacs à farine
Kellogg n’a pas mentionné si les sacs à farine ont été transformés en vêtements dans l’Ouvroir; probablement pas. Cependant, certaines femmes étaient impliquées dans la broderie!
La broderie des sacs à farine dans l’Ouvroir a attiré l’attention de Kellogg:

Sac à farine «ABC», broderie scénique, dessin Piet van Engelen. Dédié à M. Herbert Hoover, Ouvroir d’Anvers. Coll. et photo: HHPLM nr. 62.4.447

«Dans une seule section les filles ne font que broder nos sacs à farine américains. Les artistes dessinent des dessins pour représenter la gratitude de la Belgique envers les États-Unis. Celui-ci sur le chevalet en passant, représentait le lion et le coq de la Belgique gardant la couronne du roi, tandis que le soleil – le grand aigle américain se lève à l’Est. Les sacs qui ne sont pas envoyés en Amérique comme cadeaux sont vendus en Belgique comme des souvenirs »

Les ouvrières étaient récompensées par une formation en couture et en dessin de patron; des cours d’histoire, de géographie, de littérature, d’écriture et une attention particulière à l’hygiène, plus un paiement de 3 francs par semaine.
Kellogg a exulté: «Ces choses sont splendides, et avec les trois francs de salaire par semaine, c’est le respect de soi, le courage, le progrès sur toute la ligne. Le comité a toujours été en mesure d’obtenir l’argent pour les salaires. »

Ouvroir d’Anvers, galerie, 1915. Photo: «Heures de Détresse»

La Comtesse Irène van de Werve de Vorsselaer-Kervyn d’Oud Mooreghem
La semaine dernière, j’ai reçu un message de l’un des arrière-petits-fils de la Comtesse Irène van de Werve de Vorsselaer née Kervyn d’Oud Mooreghem, membre du comité de l’Ouvroir. Auparavant j’étais entrée en contact avec M. van de Werve de Vorsselaer pendant mes recherches sur le nom de jeune fille de la comtesse van de Werve de Vorsselaer et son implication dans des comités caritatifs. Son arrière-grand-mère s’est avérée très active dans les œuvres caritatives pendant la guerre.

Comtesse Léon van de Werve de Vorsselaer, née Irène Kervyn d’Oud Mooreghem. Photo: coll. van de Werve de Vorsselaer

«La comtesse van de Werve de Vorsselaer en question est née Irène Kervyn d’Oud Mooreghem (1857-1938). Elle a épousé le comte Léon van de Werve de Vorsselaer (1851-1920) le 23 avril 1877 à Mariakerke. Ils ont eu deux fils.
Elle était membre de la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie, de l’Association des Mères Chrétiennes et de l’Hospitalité de Notre-Dame de Lourdes. Elle était aussi Chevalier de l’Ordre de Léopold II avec étoile d’argent et avait été décorée de la Médaille Commémorative de la Guerre 1914-1918 et de la Médaille de la Victoire. Elle devait ces distinctions honorifiques à son dévouement sans bornes aux blessés de guerre qu’elle avait réconfortés, soulagés et qu’elle soignait dans les salles du Jardin Zoologique transformées pour la circonstance en hôpital militaire.» [6]

Le message que je viens de recevoir de M. van de Werve de Vorsselaer contenait une surprise. Il avait parlé à sa femme de nos conversations et elle se souvenait que sa mère lui avait donné des sacs à farine décorés. À sa grande surprise, trois sacs à farine brodés avaient émergé, dont l’existence ne lui était pas familière.
Il a eu la gentillesse de m’envoyer des photos des broderies.

Sac à farine brodé «Ouvroir d’Anvers»

«Ouvroir d’Anvers. Années de guerre 1914-1916 ». Détail de sac à farine dans les techniques de broderie blanche. Coll. et photo: van de Werve de Vorsselaer

L’examen des photos m’a fait sursauter de joie: sur un des sacs a été brodé en blanc sur blanc: «Ouvroir d’Anvers. Années de Guerre 1914-1916». L’impression originale du sac à farine est manquante, mais en taille c’est la toile d’un demi-sac à farine. Incontestablement un artisanat d’origine de l’Ouvroir d’Anvers!

«Sac à farine », napperon en technique de broderie blanche, broderie anglaise, «Ouvroir d’Anvers. Années de guerre 1914-1916 ». Coll. et photo: van de Werve de Vorsselaer

C’est une napperon avec des motifs floraux, décorée de bords festonnés partout, exécutée dans des techniques de broderie blanche, dont le style ressemble à la broderie anglaise.

Étant donné qu’un sac à farine était originaire de l’Ouvroir, je suppose que les deux autres broderies y ont également été créées. Ces sacs à farine ont été transformés en housses de coussin.

Quaker City Flour Mills Co., Philadelphie

Sac à farine «Quaker City Flour Mills Co., Philadelphie», brodé; Ouvroir d’Anvers; coussin. Coll. et photo: van de Werve de Vorsselaer

L’origine d’un sac à farine est le «Quaker City Flour Mills Co., Philadelphie», de l’état de Pennsylvanie. Les caractères de l’impression originale sont brodés dans les couleurs rouge, jaune, noir et rouge, blanc, bleu. Quelques petits drapeaux ont été ajoutés comme décoration patriotique, ainsi que les années 1914-1915-1916-1917. Le résultat est une housse de coussin colorée.

American Commission

Détail sac à farine «American Commission», technique de broderie blanche, broderie italienne; Ouvroir d’Anvers. Coll. et photo: van de Werve de Vorsselaer
Impression originale «American Commission». Coll. Hollaert. Photo: auteur

Un sac à farine provient de l’ «American Commission». L’impression d’origine était bleue, mais cette couleur s’est estompée. Ce sac décoré est devenu un coussin, il présente également les techniques de broderie blanche; cela ressemble à de la broderie italienne. Les contours des lettres majuscules sont brodés de fils blancs. De plus, le sac à farine a été habilement décoré de feuilles et de fleurs.

 

Conclusion
M. van de Werve de Vorsselaer a déclaré dans son explication accompagnant les photos des sacs à farine qu’il ne connaissait ni l’existence ni l’origine de leur collection de sacs à farine décorés. Il m’a remercié avec: «Grâce à vous, mes enfants et petits-enfants sauront leur provenance.»

Sac à farine «American Commission», technique de broderie blanche, broderie italienne. Ouvroir d’Anvers; coussin. Coll. et photo: van de Werve de Vorsselaer

A mon tour je tiens à remercier M. et Mme van de Werve de Vorsselaer. Mes questions de recherche: «qui ont brodé les sacs à farine, où les ont-elles brodés, quelle était leur motivation?» ont reçu des réponses significatives. Grâce à la collection de trois sacs à farine brodés, le travail de l’arrière-grand-mère van de Werve de Vorsselaer et des centaines de filles et femmes de l’Ouvroir d’Anvers a repris vie.

 


A Suivre
– Pour la suite, voir le blog: The “Ouvroir” of Antwerp (2)- English
– *) J’ai publié un troisième blog (
le 17 février 2021) sur le sac à farine «Coq sur branche de chêne à l’aube» conçu par l’artiste belge Piet Van Engelen et brodé à l’Ouvroir d’Anvers.
– Le quatrième blog sur les sacs américains à Anvers: Olga Kums’ beschilderde bloemzak.


 

[1] Mes remerciements vont à
– M. et Mme van de Werve de Vorsselaer pour leur information et les photos des sacs à farine décorés;
– M. Hubert Bovens à Wilsele pour avoir fourni des données biographiques;
– Mme Majo van der Woude de Tree of Needlework à Utrecht pour ses conseils sur les différentes techniques de broderie;
– Mme Karina van Erven Dorens née van Ditzhuyzen pour avoir lu et corrigé la traduction de ce blog en français.
Jacob Ulens, historien indépendant, photographe et auteur. Il a mené des recherches dans les locaux de la Société Royale d’Harmonie. Il m’a écrit : « Les photos de l’Ouvroir ont bien été prises dans le Winterlokaal (Salle d’Hiver) situé dans l’Arenbergstraat. C’était l’une des plus grandes salles de danse, peut-être la plus grande, d’Anvers. La Salle d’Hiver est clairement reconnaissable dans cette reconstitution 3D. » (e-mail du 06/12/2022)

[2] Picard, Edmond, Heures de Détresse. L’Oeuvre du Comité National de Secours et d’Alimentation et de la Commission for Relief in Belgium. Belgique 1914 – 1915. Bruxelles: CNSA, L’ Imprimerie J -E Goossens SA, 1915

[3] Hunt, Edward E., War bread. A Personal Narrative of the War and Relief in Belgium. New York: Henry Holt & Company 1916

[4] Kellogg, Charlotte, Women of Belgium. Turning Tragedy in Triumph. New York and London: Funk & Wagnalls Company, 4th edition, 1917

Salle des Fêtes Société Royale de l’Harmonie, Anvers, carte postale. Photo: internet

[5] L’Harmonie Royale avait deux sites : la Salle d’Hiver, salle de danse/concert au centre-ville sur Rue d’Arenberg et la Salle d’Été sur Chaussée de Mailnes dans le Parc Harmonie, à côté de la l’actuel parc Roi Albert.

L’Ouvroir était situé dans la Salle d’Hiver ; il a utilisé la Salle d’Eté pendant une courte période (lire : Hunt, War Bread, Annexe XXIX, The Clothing Workshop, p. 357).

Comte Léon van de Werve de Vorsselaer. Photo: «Le chant du paradis. Le Zoo d’Anvers a 150 ans»

[6] Les salles du ZOO d’Anvers ont été mises à la disposition de la Croix-Rouge en 1914.
Le comte Léon van de Werve de Vorsselaer était impliqué dans la direction de la Société Royale de Zoologie d’Anvers depuis 1902 en tant qu’administrateur. En 1919, il devint président du conseil d’administration, mais mourut inopinément en 1920. Il semble que les deux époux, comme de nombreuses familles nobles et éminentes, avaient une relation étroite avec le célèbre Zoo d’Anvers. Baetens, Roland, Le chant du paradis. Le Zoo d’Anvers a 150 ans. Tielt: Lannoo, 1993.

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